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Les chemins catalans vers Saint Jacques de Compostelle
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1. Les circonstances historiques Il faut remonter aux premiers pèlerinages pour comprendre le développement de celui de Saint- Jacques de Compostelle. C’est le culte des martyrs qui est à l’origine des grands pèlerinages dont le premier, solidement installé dès le IV° siècle, est celui de Jérusalem (attesté par le texte de l’Itinerarium burdigalense (333) et le témoignage d’Egérie, moniale de noble naissance). Dans la Rome impériale du V° siècle, devenue chrétienne par la conversion de son empereur, Constantin, ce pèlerinage à Jérusalem attire désormais non seulement les chrétiens mais aussi l’empereur lui-même qui se rend, avec sa mère Hélène, sur le tombeau du Christ et ramène à Constantinople un nombre important de reliques. Dans la même mouvance, les pèlerins prennent par la suite l’habitude de se rendre aussi à Rome sur le tombeau de l’apôtre Pierre. Dans la péninsule ibérique, l’invasion musulmane au VIII° siècle génère une volonté de reconquête. Le royaume des Asturies, principal royaume chrétien à avoir résisté à l’invasion musulmane, affirme alors avoir été fondé par l’apôtre Jacques le Majeur, évangéliste de l’Ibérie. Au début IX° siècle, la découverte ou la redécouverte de la tombe de l’apôtre près de la ville antique d’Iria Flavia (aujourd’hui Padrón) permet aux instances religieuses de « prouver » cette origine dans un lieu près de l’extrême limite du monde connu, un finis terrarum du monde occidental qui rééquilibre, en quelque sorte, les lieux saints entre orient et occident, avec, au centre, la ville de Rome. Dès lors, les voies de pèlerinage se redessinent, maillant étroitement les terres chrétiennes. L’association de l’empereur Charlemagne à la légende jacquaire (impulsion divine pour libérer les terres aux mains des Sarrazins, éffondement divin des imposantes murailles de compostelle devant Charlemagne) parachève l’ensemble. 2. Saint-Jacques de Compostelle On pourra relire dans une infinité d’ouvrages ou rechercher sur internet les légendes qui se rapportent à Saint-Jacques (apostolat de Saint-Jacques, mort par décapitation à Jérusalem, retour en Ibérie, circonstances de la découverte du tombeau…). Les chemins vers Saint Jacques de Compostelle . Ce qui est plus que probable, c’est que les pèlerinages empruntèrent le tracé des antiques voies romaines, mais que, dans ces directions générales, la construction de sanctuaires médiévaux compliqua en quelque sorte le trajet, donnant des objectifs secondaires de « visite » à des saints moins célèbres que Saint Jacques, à peine un peu à l’écart de la voie directe, mais tout aussi bénéfiques pour le salut de l’âme des pèlerins . Ainsi le pèlerinage fut-il vécu comme un long chapelet de stations plus ou moins incontournables, autour desquelles se développa toute une économie : accueil, hébergement, hôpitaux. Aujourd’hui encore, bien des villes s’étirent le long du chemin. Pour tenter de comprendre ce que pouvait être l’état d’esprit d’un de ces pèlerins à l’époque médiévale, il est possible de lire quelques passages traduits du, faussement appelé, Guide du Pèlerin extrait du Codex Calixtinus (XII° siècle), attribué à Amery Picaud . Les itinéraires des pèlerins attestés ne suivent pas les "quatre chemins historiques" définis au XXe siècle par suite d’une mauvaise interprétation du Codex Calixtinus. Ces quatre chemins reposent sur des hypothèses fausses. La plus répandue des cartes qui les représentent est doublement fausse car elle a été datée de 1648. Très esthétique, longtemps vendue avec la référence des Musées nationaux, cette "forgerie", comme disait René de La Coste, connaît un succès constant. Ceux qui la publient se gardent bien de dire la vérité.
Un faux document séduisant mais trompeur ! Datée de 1648, cette carte titrée Carte des chemins de Saint Jacques de Compostelle est un faux, imaginé et dessiné par un sculpteur, Daniel Derveaux, dans les années 1970. Sur un fond de carte faussement "à l'ancienne" (cf. carte des Postes de 1632 ci-dessous), et s'inspirant, sans son accord, des travaux de René de La Coste-Messelière, l'artiste a simplement enjolivé les productions du Centre d'Études Compostellanes, mais ne l'a pas signalé. La réussite est telle que la carte est en vente dans les musées nationaux et que, sur la foi de cette présence dans de tels lieux, guides et revues la reproduisent à l'infini sans en donner la véritable origine. Cette carte est doublement fausse, par sa date et par l'information qu'elle donne car les chemins tracés ne sont pas des chemins de Saint-Jacques ni même des voies de communication médiévales.
pour comparaison, carte authentique des routes des Postes de 1632.
visitez ce site :http://www.parou-saint-jacques.info/
3. Les chemins catalans Il est évident qu’une multitude de petits itinéraires permettaient aux pèlerins venus d’horizons divers de rejoindre la voie principale la plus proche. Les sanctuaires d’Espirà de l’Aglí et de Perpinyà, dans le département des Pyrénées-Orientales, assurent-ils la jonction des pèlerins venus en suivant le golfe du Lion et voulant passer en Espagne par les cols à l’ouest des Pyrénées. De Perpinyà, quatre voies s’ouvraient donc en direction de quatre passages : le col de Balistres à côté de Cerbère, le col du Pertús avec le col de Panissars sur l’antique voie domitienne et vers la vallée de la Rom, le col d’Ares sur la voie du Vallespir par Prat de Mollo, avec une variante par Ceret Coustouges le passage par Hix sur le camí real (vallée de la Tet et Cerdanya) par bourg-Madame. Le tracé suit ensuite à peu près celui de l’ancienne voie romaine de Barcelone à Lérida et du chemin historique du “camino real de Aragón”. La première pérégrination depuis la Catalogne qui soit documentée date de l’an 959. Parmi les monuments phares du tracé : le monastère de Montserrat et Seu Vella de Lleida, les centres historisques d’Igualda, Tàrrega et Cervera ou encore les églises romanes comme Santa Maria del Camí ou Sant Pere el Gros (Cervera - La Segarra)
Sur le Camí real, les déviations vers Marcèvol, Espirà de Conflent, Serrabona et Sant Martí del Canigó s’expliquent par les « visites » à effectuer à des sanctuaires importants, puisqu’elles choisissent des chemins escarpés et difficiles. En tout cas, il est certain que toutes les grandes abbayes médiévales catalanes sont sur ces voies de pèlerinage : Santa Maria d’Arles (visite de la Sainte Tombe et des reliques des saints Abdon et Sennen), Sant Andreu de Sureda, Sant Genís de Fontanes, Sant Miquel de Cuixà, Sant Martí del Canigó, Santa Maria de Serrabona, Santa Maria de Cornellà de Conflent, Santa Eulàlia d’Elna… Mais il ne faut pas oublier non plus beaucoup d’ermitages (Font-romeu au nom évocateur), de petites chapelles ou de modestes églises de village… Même sans envisager de suivre le trajet des pèlerins, les visiteurs pourront découvrir un patrimoine nord-catalan riche de monuments religieux d’époque romane . Un document sera a votre disposition pour vous faire découvrir les " Vrais Chemins Catalans" vers Saint jacques
Contes et légendes le long du chemin Découverte des contes et légendes sur le tronçon de la Catalogne du nord 1. Les circonstances historiques De nombreuses légendes mentionnent la découverte miraculeuse de statues. Ainsi ont été mises au jour des vierges noires et en particulier celle de Font-Romeu, grande étape jacquaire. Ces vierges n’étaient sans doute pas noires à l’origine. Elles le seraient devenues au fil des ans par altération du matériau dans lequel elles ont été sculptées (pigments de peintures, fumées des cierges, humidité pour les vierges découvertes enterrées…). Echappe à cette hypothèse la vierge de Thuir qui est en plomb. On peut tenter de trouver une explication historique à ces découvertes : Aux moments les plus sombres des razzia sarrasines, il est probable que des statues ou des objets de culte aient pu être cachés pour éviter toute profanation. Leur découverte fortuite quelques siècles plus tard a forcément intrigué. Une autre hypothèse évoque au début du XII° siècle, des incursions armées dans les hauts cantons organisées par le Comte de Foix, dernier héritier des comtes de Cerdagne et Conflent, favorable au catharisme. Il aurait alors pillé quelques églises dont le mobilier sacré fut sans doute caché par les fidèles. 2. Les Vierges noires Jordi Pere Cerdà, in La dona d’aigua de Lanós ; Contalles de Cerdanya, Trabucaire, Canet-en- Roussillon, 2001, transcrit une légende étiologique intitulée « Les tres Maries ». Résumé du texte de Jordi Pere Cerdà : Trois Marie, au visage noir comme tous les gens de leur pays, chacune avec son bébé, poursuivies par le décret d’Hérode, arrivent épuisées au pied des Pyrénées. Elles espèrent être bien reçues dans ces montagnes mais on les chasse. Elles s’enfuient au dessus de Ribes. Chacun de leurs pas fait surgir des rochers qui ferment la vallée pour les protéger. Leur soupir en s’asseyant fait naître une source qui les abreuve, elles et leurs nourrissons. Un orage éclate pendant leur sommeil et la montagne forme une grotte pour les protéger dans laquelle se réfugient aussi les bergers et toutes les bêtes des environs. La première Marie décide de rester à cet endroit de devient gardienne des bêtes et des orages. Les deux autres vont vers Finestrelles. Chassées d’Er, elles s’asseyent sur un talus. Au mois de mai, le blé autour d’elles est déjà mûr. Elles moissonnent le champ et se réfugient dans une meule, nourries de grain. Le lendemain, il a neigé sur toute la Cerdagne sauf sur ce champ. La seconde Marie, priée de rester là par les habitants repentis, accepte et devient gardienne des blés. La troisième grimpe au dessus d’un village d’où on la chasse encore : le bois recule devant elle jusqu’à un pré où coule une source. Un pin géant la protège. Elle s’endort avec son bébé. Elle est arrivée à Font-Romeu. Ce récit sur l’origine de trois vierges noires catalanes (Núria, Er et Font-romeu) trahit la xénophobie médiévale qui s’exerce dans un contexte de reconquête chrétienne contre ces femmes aux visages dits « de moros ». Il n’est pas exclu de rattacher cette tradition de l’arrivée des vierges noires en Cerdagne à celle des Saintes-Maries de la Mer. Font-romeu :Quelques siecles plus tard, sa statue aurait ete decouverte pres d'une fontaine a laquelle s'abreuvaient les pelerins (font[aine] [du] romeu) par un taureau qui aurait piaffe a cet endroit pour attirer l'attention du bouvier. Ce dernier, etonne par le comportement bizarre de l'animal, decouvrit la statue de la vierge mise a jour par le sabot de l'animal. La chapelle de l'ermitage fut construite en action de graces. 3. Les saints - Les saints Abdon et Sennen a Arles-sur-Tech (Arles de Tec) : Le transport de leurs reliques en pays catalan est l'objet d'une bien belle legende : En des temps recules (XI° siecle), le pays arlesien etait envahi de monstres particulierement malefiques, les simiots, accompagnes de catastrophes naturelles et d'epidemies. Pour calmer la colere divine, l'abbe Arnulphe se rendit a Rome et obtint les reliques de deux princes persans martyrises au III° siecle pres d'une source. L'abbe transporta ce tresor dans le double fond d'un tonneau et, parvenu sur les rives du Tech, confia le tonneau a un muletier qui, sans doute trop presse, provoqua un ecart de la bete. Le pauvre mulet devala dans le Tech avec son precieux chargement. L'abbe arriva a Arles tout penaud et vit soudain, sur la place de la ville, le mulet avec le tonneau toujours sur le dos. La foule se prosterna, les simiots disparurent et les reliques des saints furent placees dans un sarcophage en marbre blanc d'epoque constantinienne, avant d'etre transferees au XV° siecle dans des bustes en argent. Depuis lors, le sarcophage, nomme á La Sainte Tombe, n'a cesse de se remplir d'une eau tres pure, dont l'origine demeure inconnue, reputee aux vertus miraculeuses.(a rapprocher de la légende de la découverte de la tombe de Saint Jacques le Majeur) Au culte des deux saints se rattache aussi la tradition de la procession de á la rodella, de Montbolo (Montbolo) a Arles (Arles) : Depuis 1465, tous les 30 juillet, entre Montbolo et Arles, se deroule la procession dite de la rodella, enorme rouleau de cire d'abeille, place sur une croix. La forme circulaire de la rodella semble accrediter l'origine paienne de cette tradition qui n'aurait ete christianisee qu'a la date de la premiere procession. La legende raconte en effet qu'un berger de Montbolo, surpris par le mauvais temps pres du Coll de Formentera entendit, au milieu des roulements de tonnerre de la terrible tourmente qui se preparait, les voix de deux sorcieres qui tentaient d'amener l'orage sur Montbolo, mais Saint Abdon et Saint Sennen les en empechant, elles ne purent passer le col, et l'orage finit par s'éloigner. Montbolo fut epargne, et le berger courut annoncer la bonne nouvelle au village. Depuis ce jour, les saints patrons d'Arles sont veneres aussi par les habitants du village de Montbolo. En temoignage de reconnaissance, la rodella circulaire, longue de 300m, pesant pres de 10kg, realisee artisanalement selon un procede de fabrication jalousement garde, leur est offerte chaque annee dans une procession qui part de l'église Saint-Andre de Montbolo vers sept heures du matin et se dirige vers Arles ou elle est accueillie devant les reliques d'Abdon et Sennen. En fin de matinee, l'eau benite de la Sainte Tombe est recuperee par siphon et distribuee aux fideles. - Saint Pierre Orseolo a Saint-Michel-de-Cuxa (Sant Miquel de Cuixa) : Pierre Orseolo, doge de Venise (X° siecle), suivit a Saint-Michel-de-Cuxa l'abbe Garin, venu avec deux saints ermites, Marin et Romuald. S'étant definitivement retire du monde, l'ancien doge demanda a vivre en ermite non loin du monastere, dans une toute petite maison construite autour d'une pierre dont il fit son lit. On reconnait encore aujourd'hui, en creux sur cette pierre, la vague empreinte d'un corps humain. Mort en 988, Pierre Orseolo fut canonise et sa depouille partagee entre Cuxa et Venise. - A la fois chevalier et saint, Sant Guillem de Combret : Le petit ermitage de Sant Guillem de Combret se trouve au-dela du col de Sous (en partant de Prats-de- Mollo), apres le petit hameau de La Llau. Il n'est pas a proprement parler une etape jacquaire. Mais il abrite la version catalane de la legende de Sant-Guillem qui se rattache a celle de Saint- Guilhem-le-desert, grande etape citee dans le dit Guide du Pelerin.
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